Prévenir les escarres à domicile, le guide des aidants
Une rougeur qui ne s’efface pas sur le talon ou le bas du dos d’un proche alité suffit à faire monter l’inquiétude, surtout quand personne ne vous a expliqué quoi surveiller. Accompagner une personne âgée ou dépendante à la maison, sans formation médicale, demande des repères simples et fiables pour prévenir les escarres à domicile.
Prévenir les escarres à domicile repose sur quelques gestes répétés chaque jour, une observation attentive de la peau et un matériel réellement adapté au niveau de risque. Ce guide s’appuie sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) et sur les documents de prévention diffusés par les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Vous y trouverez une checklist concrète, les signaux qui imposent un appel à l’infirmier ou au médecin traitant, et les critères de choix des supports de décharge.
Prévenir les escarres à domicile, le guide des aidants
Temps de lecture : ~9 min
- Qu’est-ce qu’une escarre et qui est concerné à la maison ?
- Comment prévenir les escarres à domicile au quotidien ?
- Quel matériel choisir pour la décharge des points de pression ?
- La checklist quotidienne de l’aidant
- Rougeur, induration, que faire concrètement ?
- Quand appeler le médecin ou l’infirmier ?
- L’essentiel à retenir pour prévenir les escarres à domicile
- Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une escarre et qui est concerné à la maison ?
Une escarre est une lésion cutanée provoquée par une pression prolongée exercée sur une zone d’appui, le plus souvent aggravée par le cisaillement et le frottement. Quand le poids du corps écrase les tissus entre l’os et le matelas, la microcirculation est interrompue, la peau et les tissus profonds manquent d’oxygène, et la lésion peut débuter en profondeur avant même d’être visible en surface. C’est ce qui rend la prévention si importante, car une escarre installée met beaucoup plus de temps à guérir qu’elle n’en a mis à apparaître.

Les zones d’appui à surveiller en priorité sont le sacrum, les talons, les hanches, les fesses, les coudes, les omoplates et l’arrière du crâne. Chez une personne installée au fauteuil, les ischions et le coccyx sont les plus exposés. Les situations à risque sont bien identifiées, notamment l’alitement prolongé, la perte de mobilité, l’âge avancé, la dénutrition, l’incontinence urinaire ou fécale, les troubles de la sensibilité et les maladies chroniques comme le diabète ou l’insuffisance artérielle.
La HAS recommande une évaluation du risque dès le début de la prise en charge, puis une réévaluation régulière à chaque changement d’état de santé. Les professionnels utilisent pour cela des outils standardisés comme l’échelle de Braden ou l’échelle de Norton, qui prennent en compte la mobilité, l’état nutritionnel, l’humidité de la peau, la perception sensorielle et le frottement. Vous n’avez pas à remplir ces grilles vous-même, mais vous pouvez demander à l’infirmier libéral ou au service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) de réaliser cette évaluation et de vous expliquer le niveau de risque de votre proche.
Comment prévenir les escarres à domicile au quotidien ?
La prévention repose sur six axes complémentaires recommandés par la HAS, qui consistent à évaluer le risque, réduire les pressions, mobiliser régulièrement la personne, surveiller la peau, maîtriser l’humidité et garantir une alimentation ainsi qu’une hydratation suffisantes. Aucun de ces axes ne fonctionne seul. C’est leur répétition quotidienne qui protège réellement la peau.
Changer régulièrement de position
Le changement de position reste la mesure la plus efficace pour éviter les escarres au lit comme au fauteuil. La HAS indique un rythme généralement situé entre 2 et 3 heures, à adapter à la tolérance tissulaire, à l’état clinique et aux habitudes de vie de la personne. Certaines peaux fragiles nécessitent un intervalle plus court, d’autres situations permettent d’espacer un peu. L’alternance entre décubitus dorsal, position semi latérale à 30 degrés à droite puis à gauche, et mise au fauteuil, permet de ne jamais solliciter deux fois de suite les mêmes zones d’appui.
La manière de mobiliser compte autant que la fréquence. Il faut éviter de tirer la personne directement sur le drap, car le frottement et le cisaillement abîment les couches superficielles de la peau. L’utilisation d’une alèse de positionnement, d’un drap de glisse ou d’un lève personne limite ces contraintes et préserve aussi votre dos. Dès que l’état de santé le permet et que le médecin l’autorise, la verticalisation, la mise au fauteuil et la reprise de la marche doivent être encouragées, même quelques minutes à la fois. Si votre proche peut encore bouger seul, invitez-le à décoller ses appuis régulièrement plutôt que de tout faire à sa place.
Inspecter la peau chaque jour
L’inspection quotidienne des zones d’appui est le geste de surveillance le plus précieux. Elle se fait naturellement au moment de la toilette, à la lumière du jour, en observant le sacrum, les talons, les hanches, les fesses, les coudes et toutes les zones en contact avec un dispositif, sonde, lunettes à oxygène ou bas de contention. Vous recherchez une rougeur persistante, une zone chaude ou au contraire plus froide, une induration, une plaque violacée, une modification de texture ou une douleur nouvelle.
Le test de référence est simple. Appuyez quelques secondes avec le doigt sur la rougeur. Si la peau blanchit puis reprend sa couleur, la microcirculation fonctionne encore. Si la rougeur ne blanchit pas à la pression et ne disparaît pas après suppression de l’appui, il s’agit d’une escarre de stade 1, qui doit être signalée rapidement à un professionnel. Noter la date, la localisation et l’aspect de chaque anomalie dans un petit cahier vous aidera à comparer d’un jour à l’autre et à transmettre une information précise à l’infirmier.
Bon à savoir
Il ne faut jamais masser, frictionner ni appliquer d’alcool sur une rougeur ou une zone à risque. La HAS déconseille ces gestes, qui traumatisent les tissus déjà fragilisés et diminuent encore la microcirculation locale.
Une toilette douce et une peau maintenue au sec
La macération est un facteur aggravant majeur, car une peau humide perd sa résistance mécanique et se laisse plus facilement abîmer par le frottement. La toilette de la personne alitée doit être quotidienne, douce, avec un produit lavant non agressif, suivie d’un séchage soigneux par tamponnement, en insistant sur les plis cutanés. Frotter avec la serviette est contre productif.
En cas d’incontinence, la protection cutanée devient un enjeu central. Les protections absorbantes doivent être changées dès qu’elles sont souillées, sans attendre un horaire fixe, et la peau nettoyée puis séchée à chaque change. Un produit barrière peut être appliqué sur les zones exposées aux urines et aux selles, idéalement sur conseil de l’infirmier. Veillez également à ce que les draps restent secs, propres et sans plis, et vérifiez l’absence de miettes, de boutons de pyjama ou d’objets oubliés sous le corps. Enfin, évitez d’empiler les alèses et les protections, car plusieurs épaisseurs annulent une grande partie de l’efficacité du matelas de prévention.
Alimentation et hydratation, un pilier souvent négligé
La dénutrition est l’un des facteurs de risque les plus constants. Sans apports protéinés suffisants, les tissus perdent leur capacité de réparation et la tolérance tissulaire chute. Une alimentation suffisamment calorique et riche en protéines, viande, poisson, œufs, produits laitiers et légumineuses, contribue donc directement à la prévention des escarres chez la personne âgée, dans le respect des éventuelles restrictions médicales. Le même principe vaut pour toute réparation cutanée, comme nous le détaillons dans notre article sur les aliments qui aident à bien cicatriser.
L’hydratation doit être encouragée régulièrement, sans attendre la sensation de soif, qui s’émousse avec l’âge. Surveillez la perte d’appétit, la diminution des quantités consommées et la perte de poids, qui sont des signaux d’alerte précoces. En cas de doute sur une dénutrition, demandez un bilan médical ou diététique plutôt que d’acheter seul des compléments nutritionnels oraux, dont l’indication et la durée doivent être déterminées par un professionnel.
Quel matériel choisir pour la décharge des points de pression ?
Bien choisir son matériel de prévention
Le matériel de prévention complète les mesures de mobilisation, il ne les remplace jamais. Le choix dépend du niveau de risque, du poids et de la morphologie, du temps passé au lit ou au fauteuil, de la capacité de la personne à se mobiliser seule, de la compatibilité avec le lit médicalisé et de la facilité d’entretien. Un avis de l’infirmier, du médecin traitant ou d’un ergothérapeute est recommandé avant l’achat ou la location, d’autant que certains supports peuvent faire l’objet d’une prise en charge sur prescription.
Voici les principales catégories de supports utilisés à domicile et leurs indications habituelles.
| Type de support | Indication habituelle | Points d’attention |
|---|---|---|
| Matelas ou surmatelas en mousse adaptée | Risque faible à modéré, personne encore capable de se mobiliser | Surveiller l’affaissement de la mousse avec le temps |
| Matelas à air à pression alternée | Risque élevé, alitement prolongé, escarre existante | Nécessite un moteur, un branchement électrique et un réglage selon le poids |
| Coussin anti escarres de fauteuil roulant | Temps d’assise prolongé, appui sur ischions et coccyx | Ne dispense pas de soulager les appuis toutes les heures environ |
| Talonnières et dispositifs de décharge | Prévention de l’escarre du talon, zone très exposée | Le talon doit être totalement déchargé, mollet soutenu sans comprimer |
| Alèse de positionnement et drap de glisse | Toute mobilisation au lit | Réduit le cisaillement et protège aussi le dos de l’aidant |
La décharge des talons mérite une attention particulière. Un coussin placé sous les mollets, en laissant les talons dans le vide, reste l’un des moyens les plus efficaces de prévention, à condition de ne pas comprimer le creux poplité ni le tendon d’Achille.
La checklist quotidienne de l’aidant
Points à vérifier chaque jour
Pour structurer la journée sans rien oublier, voici les points à vérifier systématiquement auprès d’une personne alitée ou en fauteuil.

- Observer les zones d’appui lors de la toilette et noter toute rougeur, chaleur, induration ou douleur.
- Changer la position au lit ou au fauteuil selon le rythme défini avec le professionnel de santé.
- Vérifier que les draps sont secs, tendus et sans plis, et qu’aucun objet ne comprime la peau.
- Réaliser une toilette douce, sécher en tamponnant et changer sans délai les protections souillées.
- Proposer des boissons régulièrement et surveiller les quantités réellement mangées.
- Contrôler le bon positionnement des talons, des coudes et du coussin de fauteuil.
Rougeur, induration, que faire concrètement ?
Devant une rougeur, le premier réflexe consiste à supprimer immédiatement l’appui sur la zone concernée et à réinstaller la personne dans une autre position. Vous ne massez pas, vous n’appliquez ni alcool ni produit asséchant, et vous surveillez l’évolution dans les heures qui suivent. Une rougeur qui disparaît rapidement après la levée de la pression traduit une réaction normale. Une rougeur qui persiste au delà de quelques dizaines de minutes, ou qui ne blanchit pas à la pression du doigt, correspond déjà à un stade débutant et impose un avis professionnel.
Il ne vous appartient pas de choisir seul un pansement. Le type de pansement dépend du stade, de la quantité d’exsudat et de l’état des tissus, et ce choix revient à l’infirmier ou au médecin. Pour comprendre les grandes familles de pansements et leur logique d’utilisation, vous pouvez consulter notre guide sur les différents types de pansements et notre page consacrée aux escarres.
Important
Une escarre peut évoluer en profondeur sous une peau d’apparence intacte. Toute zone indurée, violacée ou douloureuse justifie un appel à un professionnel, même en l’absence de plaie ouverte.
Quand appeler le médecin ou l’infirmier ?
Certains signes ne doivent jamais attendre la prochaine visite programmée. Ils justifient un contact rapide avec l’infirmier libéral, le médecin traitant ou le service de soins à domicile.

- Rougeur persistante qui ne blanchit pas à la pression du doigt.
- Plaque violacée, noirâtre, chaude ou douloureuse sur une zone d’appui.
- Cloque, suintement, croûte, ouverture de la peau ou extension rapide de la zone atteinte.
- Odeur inhabituelle, écoulement purulent ou fièvre.
- Douleur nouvelle chez une personne dont la sensibilité est habituellement diminuée.
- Perte de poids, fatigue marquée ou baisse prolongée des prises alimentaires.
Dans tous ces cas, les soins et le protocole de pansement doivent être déterminés par un professionnel de santé. Votre rôle d’aidant est d’alerter tôt, de décrire précisément ce que vous observez et de maintenir les mesures de prévention en attendant la visite.
L’essentiel à retenir pour prévenir les escarres à domicile
Prévenir les escarres à domicile ne demande pas de compétences médicales avancées, mais de la régularité et de la méthode. Mobiliser la personne toutes les 2 à 3 heures, inspecter la peau chaque jour, garder une peau propre et sèche, assurer des apports protéinés et hydriques suffisants et utiliser un support adapté au niveau de risque constituent le socle de la prévention recommandé par la HAS.
Aucun matelas, aussi performant soit-il, ne remplace cette vigilance quotidienne. Et dès qu’une rougeur persiste, le bon réflexe est de supprimer l’appui, de ne pas masser et de solliciter un professionnel. Chez Ma Cicatrice, nous sélectionnons des dispositifs médicaux de soin et de cicatrisation et nous restons disponibles pour vous orienter vers la bonne référence si vous avez une question, via notre page nous contacter.
FAQ
Un matelas anti escarres doit-il être laissé en place la nuit entière ?
Oui, le support de prévention doit être utilisé en continu, jour et nuit, tant que la situation de risque persiste. Pour les matelas à air à pression alternée, vérifiez chaque jour que le moteur fonctionne, que le réglage correspond au poids de la personne et qu’aucune fuite n’est apparue.
Peut-on utiliser une bouée ou un coussin troué pour soulager le sacrum ?
Ces dispositifs ne sont pas recommandés. En concentrant la pression sur le pourtour de l’ouverture, ils créent de nouvelles zones d’appui et peuvent gêner la circulation locale au lieu de la préserver.
Faut-il hydrater la peau d’une personne alitée ?
Une peau souple résiste mieux aux contraintes mécaniques, et l’application d’un émollient sur les zones sèches est généralement utile. Elle se fait par effleurage léger, sans frictionner les zones d’appui rouges ou fragilisées.
Qui peut m’aider si je ne parviens pas à mobiliser mon proche seul ?
Le médecin traitant peut prescrire le passage d’un infirmier libéral ou l’intervention d’un service de soins infirmiers à domicile. Un ergothérapeute peut aussi évaluer le logement et proposer des aides techniques comme un lève personne ou un lit médicalisé.
Une escarre guérie peut-elle réapparaître au même endroit ?
Oui, la zone cicatrisée reste fragile et moins résistante à la pression que la peau d’origine. Les mesures de prévention doivent donc être maintenues durablement sur cette localisation, même après la fermeture complète de la plaie.
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